Fibre Optique, Orange bloque la concurrence
Par Sloum@ le vendredi, mars 6 2009, 10:08 - Expertise - Lien permanent
Fibre optique, Orange bloque la concurrence
Le très haut débit est déjà bien engagé en France. Les différents
opérateurs se sont engagés dans une course sans merci pour fibrer les
quartiers les plus intéressants. Présent dans plusieurs grandes villes
et bien implanté dans la capitale, Orange semble dominer la course.
Certains observateurs avisés ne parlent plus, pour Orange, de
pré-déploiement, mais bien de déploiement.
Si les opérateurs sont si impatients d'équiper les habitations, c'est
parce que cela leur permet de bénéficier d'un monopole local. En effet,
l'équipement des bâtiments en fibre optique, technologie nécessaire au
déploiement de ce service, implique de lourds travaux de génie civil,
coûteux et générant beaucoup de nuisances, qui ne pourront pas être
dupliqués. Si bien que le fournisseur d'accès à internet (FAI) qui
déploie en premier son réseau dans une copropriété, a de fortes chances
d'être le seul à le faire ! Il bénéficiera dès lors d'un monopole de
fait qui lui donne un énorme pouvoir de négociation, voire la
possibilité d'empêcher l'entrée d'autres FAI.
L'UFC-Que choisir a déjà alerté le consommateur et les pouvoirs publics
sur ces risques. Or, malgré toutes les déclarations de bonnes intentions
du gouvernement comme des opérateurs, rien de significatif n'a été fait
pour garantir au consommateur qu'il aura le choix de son FAI !
Pourtant, les différents FAI ont conscience de la nécessité de
mutualiser, i.e de partager la partie terminale de la fibre. Cependant,
ils ne parviennent pas à un accord. Le fruit de la discorde est le point
de la mutualisation, concrètement le lieu où les différents FAI
viendront se connecter au réseau de l'opérateur ayant fibré l'immeuble.
En réalité, ce blocage doit être attribué à Orange qui déploie beaucoup
d'énergie pour gêner ses concurrents. En effet, d'une part ce dernier
implante les points de mutualisation en pied d'immeuble, ce qui implique
d'avoir d'importants effectifs pour couvrir un large territoire. Or, si
Orange bénéficie des employés de France Telecom, Iliad-Free, Neuf
Telecom ou même Alice n'ont pas de telles ressources. D'autre part, les
boitiers permettant la mutualisation sont localisés dans les immeubles,
nécessitant une autorisation pour pouvoir intervenir.
Ces choix ne sont pas guidés par une cohérence économique ou technique
puisque les autres acteurs se sont prononcés pour un point de
mutualisation plus en amont permettant en un seul lieu d'agir sur un
plus grand nombre d'abonnés. L'ARCEP, elle-même, estime que la seule
mutualisation en pied d'immeuble est intenable.
En réalité, l'objectif d'Orange est simplement de gêner la concurrence
en générant des « coûts de transaction » qui sont d'autant plus
importants qu'Orange refuse, contrairement à ses concurrents, de
divulguer où se trouvent ces points de raccordements. En l'occurrence,
la concurrence ne connaissant pas les immeubles raccordés, n'est pas en
mesure de proposer une alternative aux consommateurs fibrés par Orange.
L'UFC-Que Choisir estime qu'Orange ne joue pas le jeu de la concurrence.
En effet, la concurrence ne signifie pas seulement la rivalité entre
plusieurs acteurs, elle implique aussi l'accès au marché dans les mêmes
conditions et de bénéficier de la même information. Or, Orange utilise
les avantages acquis par France Telecom lorsqu'il était en situation de
monopole pour brider la concurrence sur un marché en devenir.
Certes les dispositions de la future loi de modernisation de l'économie
devraient remettre de l'ordre dans les relations entre les FAI,
cependant les modalités des conventions signées entre les différentes
parties (opérateurs, propriétaires, syndicats de copropriété, etc....)
devront être fixées par décret. Par conséquent, la mise en place de la
réglementation va être longue laissant le consommateur sans aucun repère
et dans une réelle incertitude.
Par conséquent, l'association demande au gouvernement :
1. Qu'il impose la mutualisation au NRO (noeud de raccordement optique)
comme modalité de raccordement par défaut.
2. Qu'il contraigne Orange et l'ensemble des acteurs à partager leurs
informations pour que le consommateur puisse bénéficier d'un réel choix !
Par ailleurs, l'inexistence de documents garantissant une réelle
mutualisation conduit l'UFC-Que Choisir à maintenir sa position et à
conseiller aux copropriétés d'attendre pour signer un accord avec un
opérateur.
